Time won’t ever feel the same

J’ai naïvement cru que j’écrirais chaque jour à partir de ta naissance. Que tu m’inspirerais, que mon amour boundless saurait trouver le temps et l’endroit pour que je m’y réfugie, que je créerais pour toi et que je me révèlerais à moi-même. La fatigue a déjà eu raison de mon obsession (toujours entravée) pour commencer les choses à 0.

La fascination pour tes yeux qui ne se sont pas tout de suite ouverts, ton regard qui n’a pas tout de suite croisé le nôtre, tes gestes incontrôlés, tes petits poings serrés. J’aurais aimé sauver chaque pellicule comme on conserve une mèche ou le cordon (fait). Tout est là. Tu as dix doigts aux mains, dix doigts aux pieds, et le reste est incommensurable. Certainement pas indicible mais je n’ai pas mis les mots dessus et il est déjà trop tard.
Tout va bien.
Tu as presque déjà un mois. Tu as déjà changé.

Non je n’ai évidemment pas pris le temps. Qui serais-je si je te délaissais un instant ? Les moments où tu n’es pas dans la même pièce que moi soudain je m’en veux d’avoir pu ne pas penser à toi, d’avoir même cru que j’étais en train de mener une existence propre en ton absence. Parfois je te porte mais la surprise est là quand le poids de ce petit corps se fait sentir, quand je baisse les yeux vers lui et qu’il est bien entre mes bras. It’s healthy.

Et sans aucun moment pourtant j’ai lu. Entre des tétées nocturnes ou alors que tu es en porte-bébé, l’envie et l’opportunité de lire se sont glissées. J’ai enfin trouvé les interstices qui m’ont fait terminer un livre. C’était un livre sur la folie, la colère, la maternité imposée. Je l’avais acheté quelques semaines avant ta naissance mais je n’avais pas réussi à l’ouvrir, comme tous les autres livres de ma bibliothèque. Il a raisonné étrangement en moi par échos égoïstes autour des transmissions familiales qui nous hantent, des velléités de liberté, du fait de se livrer entière et d’espérer être aimée pour soi, du fait de se mettre en colère jusqu’à ce qu’on vous considère folle, moi qui ai trop peur de hausser le ton pour quoi que ce soit. Je suis nouvellement mère, j’ai peur de cet égoïsme, de ces velléités, de ces colères, je suis aussi nouvellement moi et ces peurs sont mes identités aussi bien que toi. Je ne veux pas croire que je me réalise dans la maternité, même si j’ai de nombreuses fois fantasmé qu’elle m’apporterait l’équilibre tant désiré (be it hormonal ou dans l’emploi du temps), après la transition, après l’amour, le travail, etc. Tu n’es pas un caprice et tu ne seras pas la clé de mon énigme, j’espère juste pouvoir continuer de grandir avec toi comme je grandis avec ton autre mère.

Revenons-en à l’écriture. Non la première chose que j’ai formellement écrite c’était une bêtise que je t’ai chantée. J’ai décidé de noter celles que je pourrais. Je n’en ai même pas honte, je suis juste triste d’avoir déjà oublié la mélodie.

Capture d'écran d'une note intitulée nos comptines et avec le texte suivant : 1. Les petits pets

Oh oui c'est comme ça 
Tu as bu tout le bon lait
Ton ventre a tout digéré 
Fermenté ou Caillé
Il ne reste que des pets

Oh oui c'est comme ça
Les petits prouts les voilà 
Oh non, ne les garde pas
Ou le bidou explos'ra

Oh oui c'est comme ça
Presse presse défais les nœuds 
Les p'tits pets sentent le p'tit vieux
Ils s'envolent vers les cieux
Car ils sont plus légers que Dieu

La deuxième chose que je pensais écrire, mais nous ne nous sommes pas lancées avec Oriane, c’est un courrier à la mairie. Parce que ça n’a pas été simple de déclarer ta naissance, victimes de lesbophobie par incompétence. Un début de vie frustrant mais que je raconterai à d’autres, ou une autre fois.

Finalement c’est ce post de blog. Je me suis un peu précipitée car je reprends le travail ET j’ai également rendez-vous avec ma psy la semaine prochaine… J’ai remarqué une fâcheuse tendance à écrire juste avant ou après mes consultations. Et si j’avais attendu une semaine de plus, j’aurais été amenée à écrire mes pires craintes, mes pensées intrusives, les discours que je ressasse tandis qu’elle me répète d’arrêter d’intellectualiser. Rien de tout ça. Je voulais écrire mais finalement je garde quasiment tout pour moi (évidemment, je vais protéger cet enfant, ne pas mettre de photos directement en ligne, ne pas échanger avec n’importe qui, mais restez tout de même, j’ai quand même envie de vous parler). Quitte à être quelqu’un qui ne se définit pas par son enfant (yet).

Drôle d’équilibre pour un blog.

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